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“Le règne de la terreur” Un nouveau rapport d’enquête met en lumière comment les violences et la guerre génèrent des centaines de millions de dollars en République centrafricaine

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“Le règne de la terreur” Un nouveau rapport d’enquête met en lumière comment les violences et la guerre génèrent des centaines de millions de dollars en République centrafricaine

Posted by Enough Team on November 13, 2018

Washington, D.C. – Dans son dernier rapport publié aujourd’hui, The Sentry suit l’ascension violente d’un profiteur de guerre en République centrafricaine (RCA). Relié en réseau avec des entrepreneurs criminels tant étrangers que nationaux, ce seigneur de guerre contribue à prolonger l’état de guerre et de misère.

Le rapport d’enquête intitulé « Le règne de la terreur : un business florissant en République centrafricaine. Illustré par l’itinéraire d’un chef de guerre, homme d’affaires et ministre : Abdoulaye Hissène », par Nathalia Dukhan, lève le voile sur une guerre sanglante qui profite à certains réseaux d’acteurs pour qui la violence est lucrative. Il dévoile les réseaux de corruption et les incitations à la haine et à la division, rappelant que le pays est aujourd’hui presqu’entièrement contrôlé par une multitude de factions armées et groupes politico-militaires.

Nathalia Dukhan, auteur du rapport et Chercheuse et Analyste à l’Enough Project indique : « les violences de masse représentent un business de plusieurs centaines de millions de dollars en République centrafricaine. Des acteurs politiques et économiques sans scrupules, y compris des étrangers, alimentent et perpétuent la guerre pour leur profit personnel. En pillant les richesses du sous-sol centrafricain avec la complicité de commanditaires de crimes de guerre, tel qu’Abdoulaye Hissène, ces réseaux plongent les citoyens centrafricains dans un désarroi extrême, caractérisé par un sentiment d’injustice, une pauvreté extrême et un climat de terreur ».

L’enquête réalisée par The Sentry révèle qu’Abdoulaye Hissène, un seigneur de guerre notoire, un temps ministre, amasse une fortune dans un pays en proie à des cycles de violences sectaires et ce malgré qu’il soit placé sous sanctions des États-Unis et du Conseil de Sécurité de l’ONU. Il joue un rôle moteur dans les violences meurtrières en incitant les haines et les divisions entre communautés ethniques et religieuses. Il s’est ainsi progressivement imposé comme l’un des profiteurs de guerre les plus influents du conflit centrafricain. Cette montée en puissance a été possible grâce aux liens étroits qu’il a tissé avec les chefs d’État d’Afrique centrale et des associés d’affaires nationaux et internationaux. La montée en puissance d’Hissène illustre ainsi un système sanglant, semblable dans d’autres pays d’Afrique centrale et orientale, qui récompense et encourage la violence plutôt que la paix.

John Prendergast, Directeur Fondateur de l’Enough Project et Co-Fondateur de The Sentry affirme : « En République centrafricaine aujourd’hui et dans la région environnante, la guerre est plus lucrative que la paix. Les commanditaires d’atrocités de masse ont été érigés en interlocuteurs politiques légitimes. Les profiteurs de guerre et leurs associés d’affaires ont pourtant démontré n’avoir aucune intention de négocier la paix, mais ce sont pourtant eux qui sont à la table des négociations. Avec cette approche, la recherche de la paix est vouée à l’échec. La communauté internationale porte la responsabilité de combattre ces réseaux avides de gains personnels, prêts à alimenter et perpétuer le chaos et la violence pour atteindre leurs objectifs. En hésitant plus longuement, nous nous rendons complices de ces crimes ».

Depuis 2013, le conflit en République centrafricaine a plusieurs fois fait la une des médias internationaux lorsque la France et l’ONU ont à tour de rôle alerté l’opinion internationale des signes avant-coureurs d’un génocide. Des épurations ethniques et d’autres atrocités de masse sont commises de manière quotidienne contre des communautés entières.

Un nombre incalculable de civils a déjà̀ perdu la vie. L’instabilité́ politique et sécuritaire a ainsi mené́ à une grave crise humanitaire. En mai 2018, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) recense près de 1,27 million de personnes déplacées ou refugiées, un niveau jamais atteint dans l’histoire de la Centrafrique.

Sélection des recommandations du rapport : Le rapport de The Sentry inclut des recommandations dont le but est de fournir aux décideurs des stratégies visant à mettre fin aux incitations à la violence et encourager des mécanismes de responsabilisation et de pressions afin de construire une paix durable. Elles visent à̀ montrer qu’une autre façon de penser à la paix est possible et nécessaire pour sortir le pays de son système actuel de violence et d’effondrement de l’État.

Des recommandations détaillées sont diversement adressées au Conseil de sécurité des Nations Unies, l’Union européenne (UE), l’Union africaine (UA), la communauté économique des états d’Afrique centrale (CEEAC), la France, les États-Unis, la Chine, la Russie, les chefs d’État de la région Afrique centrale, le gouvernement centrafricain, les banques internationales, la Cour pénale internationale (CPI) et la Cour pénale spéciale (CPS) et incluent des mesures politiques dans deux domaines principaux :

Repenser le processus de paix :

  • Mettre fin au système qui accorde une légitimité́ politique aux criminels de guerre.
  • Conditionner les initiatives de dialogue au respect d’un cessez-le-feu et d’un engagement ferme à construire la paix.
  • Garantir un processus inclusif des populations marginalisées, surtout les femmes, les jeunes et les minorités, et raviver les acquis et le modèle exemplaire d’inclusion obtenu dans le cadre du forum de Bangui en 2015.

Lutter contre l’impunité, un pilier central de la construction d’une paix durable

  • Refuser catégoriquement l’amnistie aux responsables de crimes de guerre et de crimes économiques, ainsi qu’aux acteurs qui posent des actes visant à̀ mettre en échec le processus de paix.
  • Créer des conséquences pour les commanditaires de violence et leurs complices, en mettant en œuvre des mécanismes de sanctions financières et judiciaires et fragiliser les réseaux de financement du conflit armé :

      Sanctions et mesures contre le blanchiment d’argent :

  • Mobiliser des efforts diplomatiques forts et des ressources visant à̀ renforcer la mise en œuvre effective des sanctions adoptées à l’encontre d’entités ou d’individus tel Abdoulaye Hissène.
  • Imposer des sanctions supplémentaires à l’encontre d’individus ou d’entités qui soutiennent les violences et le pillage.
  • Recourir à des mesures spéciales contre le blanchiment de capitaux qui mettent en exergue les risques élevés de blanchiment de capitaux résultant de la corruption endémique, du commerce de l’or, des diamants et d’autres problèmes liés au système qui permet à certains acteurs de profiter de la guerre et de la violence en Centrafrique pour s’enrichir.

      Mécanismes judiciaires pour les auteurs d’atrocités de masse et de crimes économiques, y compris pour leurs associés :

  • Inscrire les crimes économiques et financiers dans les poursuites pénales contre les auteurs d’atrocités.
  • Créer une équipe complète responsable d’enquêter les réseaux de financement du conflit armé, en particulier les associés qui alimentent les violences et la corruption.
  • Prioriser les réparations aux victimes et prendre des mesures pour la mobilisation des avoirs saisis pour des actions favorisant la paix et la reconstruction.

« Le règne de la terreur » fait suite à un rapport publié la semaine dernière par l’Enough Project : « Prolifération II : la frénésie du pouvoir et les guerres d’influence aux origines de la montée des violences sectaires », également écrit par Nathalia Dukhan. Ce rapport présente une cartographie actualisée et complexe des factions armées et groupes politico-militaires impliqués dans le conflit centrafricain. Il met la lumière sur les agendas à l’origine des formations ou ruptures d’alliances entre groupes armés.

Pour lire le rapport complet publié par The Sentry : « Le règne de la terreur ». https://eno.ug/2D9VOJj

Pour lire le rapport complet portant sur la cartographie des groupes armés et leur système d’alliances publié par l’Enough Project : « Prolifération II » https://eno.ug/2qxmoEt

Pour des demandes médias ou d’interviews, merci de prendre contact avec : Greg Hittelman, Directeur de la communication, +1 310 717 0606, gh@enoughproject.org.

A propos de THE SENTRY

The Sentry est composé d’enquêteurs spécialisés sur les questions financières, d’analystes politiques et d’experts régionaux qui suivent l’argent sale et qui réalisent des enquêtes sur les réseaux de corruption transnationaux responsables d’alimenter les conflits les plus meurtriers d’Afrique. En créant des coûts financiers importants sur les kleptocrates par le biais de sanctions imposées sur des réseaux d’acteurs, mais également à travers des mesures de lutte contre le blanchiment d’argent et des poursuites judiciaires, et de tous autres outils, The Sentry vise à réduire les incitations financières responsables de perpétuer les violences de masse et l’oppression, et ainsi créer des moyens de pression fort pour soutenir les efforts de paix et l’action des défenseurs des droits humains. L’Enough Project, partenaire de The Sentry, mène des activités de plaidoyer de haut niveau auprès des décideurs du monde entier ainsi que de vastes campagnes d’éducation pour mobiliser des étudiants, des groupes confessionnels, des célébrités et d’autres acteurs clés. Cofondé par George Clooney et John Prendergast, The Sentry est une initiative de Not on Our Watch (NOOW) et de l’Enough Project. The Sentry concentre actuellement ses activités sur le Soudan du Sud, le Soudan, la République Démocratique du Congo, la République centrafricaine et la Somalie.

En moins de deux ans, The Sentry a produit des rapports d’enquête percutants et des recherches approfondies qui impliquent de grands volumes de dossiers portant sur des individus et des entités liés à la grande corruption, à la violence ou à de graves violations des droits de l’homme. L’équipe d’enquête transmet ces dossiers aux organismes gouvernementaux de règlementation et d’application de la loi des États-Unis et du monde entier, ainsi qu’aux responsables de la conformité au sein des plus grandes banques du monde.

Pour en savoir davantage, consultez le site internet : www.TheSentry.org.